Déclaration de politique générale : des pistes pour Bruxelles en 2022

Intervention prononcée le 21 octobre 2021 dans le cadre de la Déclaration de politique générale du Gouvernement bruxellois.

 

Monsieur le Président, Chers collègues,

Monsieur le Ministre-Président,


L’année dernière vous étiez contraint de conjuguer votre déclaration de politique générale au conditionnel en raison des fortes incertitudes sur l’avenir que le virus nous réservait. Nul n’aurait pu prévoir exactement dans quelle configuration nous nous retrouverions un an plus tard. Et aujourd’hui, force est de constater que la situation présente beaucoup de similitudes avec celle d’octobre 2020, puisque nous assistons notamment à une nette hausse des contaminations et des admissions dans les hôpitaux.


La différence avec l’année dernière, c’est que dorénavant, nous possédons davantage d’outils de santé publique et de gestion de risque, la vaccination étant le principal. Si aujourd’hui, les experts parlent d’un rebond épidémique, il faut vraiment espérer et continuer d’agir pour que ces outils à notre disposition nous évitent une quatrième vague.


Les outils existants et les promesses de traitements expliquent sans doute pourquoi le ton de cette nouvelle déclaration de politique générale est plus affirmé. Nous verrons l’année prochaine ce qu’il en aura été.


Pour l’heure, nous pouvons déjà saluer la conduite de certains des plus grands chantiers que le Gouvernement s’était attribués. Beaucoup de choses sont critiquables, discutables, améliorables – et mes collègues se sont attelés à le faire – mais il faut prendre la mesure du travail qui a pu être mené et se poursuivre par exemple en matière de mobilité, de logement ou d’environnement. À cela s’ajoutent les nécessaires primes et autres dépenses consenties pour aider les Bruxellois et les Bruxelloises à surmonter cette crise, et le calquage des 396 millions du budget de la relance alloués à la région sur certains des objectifs importants inscrits dans la DPR. Le déficit n’en reste pas moins immense, 1,5 milliard d’euros, et si les recettes complémentaires de la Région permettent heureusement de commencer à l’atténuer, il faut évidemment qu’une augmentation des revenus de la Région soit la plus équitable possible. Car on le sait, les inégalités, la misère et la détresse sociale sont terriblement criantes à Bruxelles, et la situation ne s’améliore pas franchement, comme en témoigne notamment le dernier Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté.


Mais puisque je dispose de peu de temps, je vais me concentrer sur quelques éléments de la déclaration qui ont attiré mon attention.


Concernant le logement, premièrement, qui, cela a été dit, cristallise les grandes inégalités qui ont cours dans notre Région. Il faut souhaiter beaucoup de succès aux mesures et aux adaptations actés ces derniers mois, tels que le Plan d’Urgence Logement, l’allocation loyer et, dernièrement, la commission paritaire locative, dont l’efficacité devra être analysée.


Le Gouvernement rappelle le nombre astronomique de ménages en attente d’un logement social ; plus de 50.000. C’est évidemment une nécessité à laquelle il faut répondre urgemment. La critique est régulière, le réflexe du Gouvernement pour y remédier a toujours été de construire, construire, construire, en détruisant toujours plus d’espaces de vie sauvage, et d’ailleurs pas toujours avec une part suffisante de logements à vocation sociale.


Hier, j’ai donc entendu avec plaisir que le Gouvernement voulait désormais réserver “une attention particulière à la reconversion d’espaces de bureaux en logements”, ce qui ne semblait pas du tout être une volonté claire jusqu'alors. Dans ce parlement et ailleurs, on a souvent voulu dresser une opposition entre, d’une part, le besoin en nouveaux logements, et, d’autre part, la préservation des espaces naturels. La troisième et meilleure voie est évidemment la reconversion, partout là où elle est possible, puisqu’elle répond à tous les enjeux, y compris climatiques vu l’impact environnemental désastreux du béton, et qu’elle tient compte des changements dans les habitudes de travail et dans l’évolution démographique. Je vous encourage donc vivement dans cette voie.


Cela me permet de faire le lien avec les questions environnementales et climatiques. Il serait en effet difficile de ne pas voir une contradiction nette entre, d’une part, les objectifs affichés de préservation du maillage vert et de la biodiversité et, d’autre part, des projets de plans tels que Mediapark et Josaphat qui, même sous une forme actualisée, s’apparentent véritablement à une météorite prête à s’écraser sur des territoires de vie et de refuge de très nombreuses espèces sauvages. La logique voudrait qu’en attente des expertises sur les possibles reconversion de bureaux, mais aussi d’une lutte plus ambitieuse contre la vacance immobilière, on mette au moins en suspens de tels projets de PAD, mais il y a visiblement d’autres intérêts en jeu.


Pour ce qui concerne plus spécifiquement le climat, l’adoption en juin dernier de l’ordonnance climat a été une étape importante, qui impose à la Région un cadre contraignant et chiffré concernant la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Mais si les émissions directes ont été correctement identifiées et semblent être combattues aux bons endroits, tout reste à faire concernant les émissions indirectes de GES, qui sont 5 fois supérieures puisque Bruxelles importe à peu près tout. Donc puisque les grandes lignes des principales stratégies de réduction des émissions directes ont déjà été couchées sur le papier, à savoir par exemple la sortie du thermique et la stratégie Renolution, j’encourage fortement le Gouvernement à travailler en 2022 sur des plans ambitieux de réduction des émissions indirectes.


L’une des causes des émissions indirectes, justement, c’est l’alimentation. Et je m’étonne à ce propos que cette matière n’ait à aucun moment été abordée dans votre déclaration. Il n’y a en effet aucune mention de la stratégie Good Food, par exemple, ce qui est d’autant plus surprenant qu’une version 2.0 de ce plan devrait bientôt être déployée, avec normalement plus de synergie avec les autres régions et une meilleure prise en compte de la dimension sociale. Pourriez-vous faire le point, monsieur le Ministre-Président, sur cette stratégie ? On sait qu’il y a tant à faire sur le plan de l’alimentation puisqu’il s’agit d’une matière éminemment transversale, qui, notamment en raison de la surconsommation de protéines animales au détriment des protéines végétales, impacte la santé des citoyens, l’environnement, le climat mais aussi clairement le bien-être animal.


La question de la transversalité appelle une autre réflexion. Au début de votre déclaration, vous avez rappelé, Monsieur le Ministre-Président, les quatre principales priorités de votre Gouvernement, à savoir le logement, le climat, la mobilité, et l’économie & emploi. Vous avez également fait comprendre que, malgré la crise, les différents cabinets ont pu mener leurs politiques à ces sujets, car ce sont les mêmes qui permettront de sortir de la crise. Mais alors que le covid nous est tombé dessus il y a bientôt deux ans, il n’existe aucune politique publique visant explicitement à prévenir l’arrivée de nouvelles crises épidémiologiques. Or, si nous agissions de manière rationnelle, la lutte contre les causes environnementales des pandémies devrait certainement au moins constituer une cinquième grande priorité de l’action de la Région. Au même titre que nous nous attelons à réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous devrions chercher à éviter de futurs périls pandémiques. Car de l’avis des scientifiques, ce danger épidémiologique est évidemment bien réel, et possède des causes identifiées. Il s’agit principalement de la pression que l’humanité exerce sur la nature, et plus particulièrement sur les animaux – sauvages et d’élevage. Cette pression renferme un danger zoonotique, dont la Région porte évidemment une part de responsabilité.


J’en termine avec la question animale.


Un paragraphe. Sept petites phrases. 43 secondes sur 1h30 d’allocution. C’est la très maigre attention que vous avez réservée à la thématique du bien-être animal, qui constitue pourtant une compétence explicite et à part entière de la Région. Je pense qu’il y a encore un décalage entre la valeur morale que cette matière revêt pour les citoyens et l’attention politique qu’elle suscite. Le texte de votre déclaration parle du « changement copernicien » intervenu dans notre rapport aux animaux. Lesdits animaux ont peut-être eu les oreilles qui ont sifflé par l’emphase des propos. Mais dans les cages des laboratoires et sous les couteaux de l’abattoir, ils devront sans doute encore attendre un peu que cette révolution ne les libère puisque, après tout, ce ne sont que des animaux.


Mais soyons de bon compte et examinons les projets annoncés pour 2022. En l’occurence, il n’y en a qu’un : l’élaboration du Code du bien-être animal. Certes, c’est un grand chantier, qui prend du temps. Mais j’espère que son ambition sera à l’aune du nombre de propositions de résolution et d’ordonnance qui sont rejetées dans ce parlement sous prétexte que les thèmes qu’elles portent seront, peut-être, couverts par le futur Code.


Faut-il aussi comprendre, Monsieur le Ministre-Président, qu’en matière de bien-être animal, il n’y a d’autres projets pour 2022 que la rédaction de ce code ? Quid du développement des méthodes substitutives à l’expérimentation animale ? Du soutien aux associations de la région ? Du travail de sensibilisation auprès des communes ? Vous mentionnez qu’un budget de 255.000 euros sera consacré à l’élaboration du code et à la création d’une plateforme de contrôle. J’ose vraiment espérer qu’il ne s’agit pas du seul budget alloué à cette compétence. Et j’espère sincèrement en entendre davantage lors des discussions budgétaires le mois prochain.


Vous comprendrez que je reste sur ma faim. D’autant plus que lorsqu’un texte arrive pour la première fois sur la table du Gouvernement pour soulager quelque peu les animaux de leurs souffrances à l’abattoir, il ne suscite pas l’adhésion, sous prétexte que la question du bien-être animal devrait être prise de façon plus globale. Mais j’essaie de voir les choses du bon côté, si le Gouvernement, et donc la majorité, soutient désormais une vision holistique de la protection des animaux d’élevage, cela veut sans doute dire que les différents textes que j’ai déposés ces dernières semaines seront adoptés sans difficulté, y compris celui sur les souffrances des animaux pendant le transport.


Je vous remercie.