Décolonisation de l'espace public & travail de mémoire coloniale

Echange de vues du 6 juillet 2020 en commission des Affaires générales et Finances du Parlement bruxellois concernant deux propositions de résolution.

Plusieurs événements récents, aux Etats-Unis et ailleurs, ont sans doute permis d'accélérer certains processus de dialogue et de décision en Belgique. Ces événements ont aussi permis de visibiliser le travail de nombreuses personnes dans les thèmes de la décolonisation et de l'antiracisme.


C'est un travail que je connaissais en réalité très peu. Les deux textes proposés par la majorité d’un côté, et par le cdH et le CD&V de l’autre m'ont permis d'apprendre des choses, et je continue d'apprendre.


C'est d'ailleurs pourquoi il me semble nécessaire d'appuyer ces deux textes. Il apparaît maintenant évident que beaucoup de stéréotypes identitaires qu'on entend en Belgique sont directement issus de notre histoire coloniale. C'est une histoire qu'on a mise sous le tapis pendant très longtemps. Et quand on l'abordait, on le faisait évidemment surtout sous l'angle du colonisateur.


J'écoutais récemment une interview de mon collègue Kalvin Soiress, et j'espère qu'il ne m'en voudra pas que je relaie ses propos. Il expliquait qu'encore récemment, on lui riait au nez quand il parlait de décolonisation de l'espace public à certains décideurs. On lui répondait qu'il ne fallait pas vivre dans le passé. Kalvin demandait alors pourquoi on prend la peine de commémorer la Shoah, le génocide arménien ou les deux guerres mondiales. Je pense que le constat s'impose : la Belgique s'est mis des œillères par rapport à la colonisation du Congo.


Dans une autre interview, ma collègue Gladys Kazadi expliquait l'importance de construire une mémoire collective, en donnant mieux la parole aux personnes concernées, parce que notre histoire est commune. On ne peut que souscrire à cette analyse. Les regrets exprimés par le Palais Royal sont un événement important dans notre histoire, et il faut maintenant analyser toutes les raisons pour lesquelles la Belgique devrait présenter des excuses.


Nous sommes donc peut-être à un tournant. Et c'est assez paradoxal, parce qu'on dirait que nous assistons à une libération de la parole dans les deux sens. D'un côté, tout le monde peut voir tous les propos ouvertement racistes qui se trouvent malheureusement partout sur les réseaux sociaux. D'un autre côté, il me semble que les paroles des personnes victimes de ce racisme sont de plus en plus audibles dans l'espace public.


C'est dans l'espoir d'appuyer modestement les voix de ces personnes que je soutiens les deux propositions par ma co-signature. Ma position d’indépendante dans ce parlement me permet peut-être plus facilement de les soutenir toutes les deux. Mais vraiment, il me semble qu'elles vont dans le même sens et se complètent. L’une parce qu’elle vise notamment à faire l’inventaire des vestiges coloniaux, réfléchir à comment les aborder et à comment imaginer un avenir plus inclusif. L’autre parce qu’elle vise notamment à amener un enseignement d’une mémoire collective partagée sur le colonialisme et lutter largement contre la discrimination sous toutes ses formes. J’espère donc sincèrement que la compatibilité et le bien-fondé des deux propositions pourront être reconnues.


© Copyright Victoria Austraet 2020

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