Le passage à une alimentation végétale : la plus grande opportunité de changement selon le GIEC

Demande d'explications adressée le 22 juin 2022 au Ministre bruxellois de l'Environnement concernant l'action climatique de la Région au regard du troisième volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC. Pour lire l'intégralité des échanges, cliquez sur ce lien.

Début avril, le GIEC a publié le troisième et dernier volet de son sixième rapport d’évaluation. Tandis que les deux premiers volets concernaient, respectivement, les connaissances scientifiques sur le changement climatique et notre vulnérabilité face à ce dérèglement, le troisième volet porte essentiellement sur les solutions à saisir si nous voulons éviter les pires catastrophes qui s’annoncent.


Si la publication de ce document n’a certainement pas fait l’objet d’une couverture médiatique à la mesure de l’enjeu, la société civile s’est tout de même attachée à relayer le résumé à destination des décideurs, et à souligner ses plus grandes lignes, avant la conclusion d’un rapport de synthèse par le GIEC prévu pour octobre.


Ainsi, les experts du climat estiment qu’il est encore possible de limiter le réchauffement à + 1,5°, mais pour ce faire, les émissions de gaz à effet de serre doivent nécessairement atteindre un pic d’ici 2025. Cependant, les politiques actuellement menées nous exposent davantage à une hausse de températures de 3,2°C. On ne pourra donc jamais insister assez sur l’urgence de la situation.


Le résumé pour les décideurs pointe l’existence d'options d'atténuation qui peuvent être déployées à grande échelle et à court terme. Pour ce faire, les experts soulignent la nécessité de réduire ou supprimer certains obstacles, qui sont par exemple d’ordre environnementaux-écologiques, technologiques et économiques, mais surtout institutionnels et socioculturels.


Ces indications doivent être mises en parallèle avec un nouvel élément présent dans ce troisième volet du rapport : c-à-d la partie qui concerne la demande et la consommation, et donc les manières les plus efficaces de réduire les émissions à l’échelle citoyenne. Le GIEC articule cet aspect selon trois actions : éviter-changer-améliorer (avoid-shift-improve).


Le rapport est particulièrement clair sur les leviers à actionner :


« Le plus grand potentiel d'évitement passe par la réduction de l'aviation long-courrier et la mise en place d'infrastructures urbaines à faibles émissions de carbone pour les courtes distances. » «Le plus grand potentiel d'amélioration se trouve dans le secteur du bâtiment, et en particulier dans l'utilisation accrue de technologies d'utilisation finale efficaces sur le plan énergétique et de logements passifs. » « Le plus grand potentiel de changement réside dans la transition vers une alimentation végétale. »


Les moyens d’action prioritaires au niveau de la consommation sont donc limpides, et ils doivent évidemment guider la politique du Gouvernement à l’égard des citoyens. C’est peut-être compliqué en ce qui concerne l’aviation, sur laquelle notre Région n’a pas une grande prise. On connaît en revanche la volonté du Gouvernement d’opérer un shift modal en matière de transports sur courtes distances, et de rénover le bâti bruxellois pour diminuer l’impact du chauffage, puisque la combustion de carburants dans nos bâtiments représente 60 % de nos émissions directes de CO2.


Reste donc le pan alimentaire, et en particulier le passage à régime végétal, qui constitue donc selon le GIEC, la plus grande opportunité de changement pour réduire nos émissions.


Monsieur le Ministre, je vous interroge régulièrement sur cette transition protéinique. C’est parce qu’à mon sens, l’action des pouvoirs publics est insuffisante au regard des dégâts causés par notre consommation de produits animaux.


Car ceux-ci ne sont pas uniquement responsables d’une grande part des émissions indirectes de gaz à effet de serre de la Région bruxelloise. Ils posent également un risque majeur de santé publique, tant par les maladies de civilisation qu’ils provoquent chez les consommateurs que par le risque d’épidémie zoonotique intrinsèque aux élevages. Dernier dégât, et pas des moindres, cette industrie est responsable de la souffrance et de la mort de milliards d’êtres sentients chaque année.


L’action de la Région en matière d’alimentation davantage responsable s’incarne principalement dans la stratégie Good Food, dont la deuxième version devrait normalement être sur le point d’aboutir au moment d’écrire cette question.


Pourriez-vous donc premièrement faire le point sur l’aboutissement de la stratégie Good Food 2.0 ? Quels en sont les grands objectifs finalement retenus et selon quel calendrier ?


Deuxièmement, pourriez-vous indiquer dans quelle mesure la politique climatique de la Région tient compte des enseignements du troisième volet du dernier rapport d’évaluation du GIEC, qui désigne les solutions à saisir, notamment au niveau de la demande ? Plus particulièrement, la question alimentaire fait-elle l’objet d’un recalibrage ?