PAD Josaphat : le Gouvernement revoit sa copie. Et après ?

Depuis plusieurs années, le PAD (Plan d'aménagement directeur) Josaphat fait couler beaucoup d'encre et suscite énormément de critiques, bien justifiées. En cause : dans sa version initiale, ce projet urbanistique défendu par le Gouvernement bruxellois prévoyait de bétoniser la dernière grande friche de la Région : la friche Josaphat, qui est aujourd'hui un lieu de vie et d'étape pour de nombreuses espèces animales sauvages.


Face aux critiques, le Gouvernement a récemment décidé de revoir sa copie, et de présenter prochainement un tout nouveau plan. Mais la friche n'est pas sauvée pour autant : les autorités bruxelloises n'ont pris aucun engagement clair en faveur de la préservation de cet espace vert.


Le lundi 8 mars 2021, le collectif Sauvons la friche Josaphat a présenté en commission Environnement du Parlement bruxellois les raisons de sa pétition sur ce sujet. L'occasion de faire le point sur la situation actuelle et de remercier ses membres pour leur importante mobilisation !


Pour y voir plus clair, voici un extrait de mon intervention prononcée à cette occasion.

« Le projet de PAD Josaphat tel qu’il était arrivé en deuxième lecture sur la table du gouvernement était donc problématique à bien des titres, et le premier concerne évidemment les questions des espaces verts, de la biodiversité et du respect de la faune sauvage. En 2021, il n’est pas acceptable de recouvrir de béton un tel lieu de vie, dont vous avez très justement expliqué l’intérêt et l’importance.


C’est avec cette mentalité que 14,4 % des espaces verts ont disparu à Bruxelles en 15 ans (soit 11 km², ou encore 1600 terrains de football !). Et quand on regarde d’autres projets de PAD, on a l’impression que, dans la pratique, la volonté du Gouvernement est de faire encore augmenter ce chiffre.


Cette politique contraste bien sûr avec certaines annonces du Gouvernement, notamment dans sa déclaration de politique générale, qui prévoit la préservation des espaces verts. Je crois qu’on ne peut pas adopter à Bruxelles une résolution appelant à la protection de la forêt amazonienne, comme on l’a fait à une large majorité en juin dernier, tout en continuant à détruire les dernières zones vertes de notre Région.


Tous ces arguments, on les connaît bien, puisque la question de la friche Josaphat revient régulièrement à l’ordre du jour.


Les solutions sont également connues, elles sont présentes dans le Plan B proposé par le BRAL et un ensemble d’associations. Il s'agit en gros de limiter les constructions à la zone de terrain déjà minéralisée, mais aussi de davantage miser sur les bâtiments, logements et bureaux vacants, dont beaucoup permettraient sans doute de créer du logement pour ceux qui en ont le plus besoin. Le potentiel est énorme, puisque ces espaces vacants représenteraient 6,5 millions de mètres carrés, soit l'équivalent d’une commune bruxelloise, au point où on les appelle ironiquement Saint-Vide. La question des bâtiments vides constitue d’ailleurs l’un des quatre piliers qui ont été mis en avant par l’assemblée citoyenne dont Agora a présenté les propositions la semaine dernière. Des outils juridiques existent pour lutter contre cette vacance, il s’agit du droit de gestion publique institué par le Code du Logement, et la réalisation d’un cadastre des immeubles vides que devraient réaliser les communes. Ces outils sont peu utilisés aujourd’hui.


Donc le problème comme les alternatives sont aujourd’hui très bien connues.


Quant à la situation actuelle du projet au niveau du gouvernement, elle est à la fois très claire et très floue. D’un côté, sur le plan opérationnel, on a compris des débats récents que le PAD allait suivre la procédure à son point de départ. On sait par exemple que Perspective Brussels est chargé de présenter ses travaux d’ici fin mars - début avril, qu’il y aura ensuite une nouvelle première lecture et une nouvelle enquête publique ou encore que de nouvelles études sont en cours concernant le rapport d’incidence environnementale, notamment en matière de biodiversité.


Ce qu’on ne sait pas, en revanche, c’est ce qui nous importe le plus. À savoir quel a été le résultat de la rencontre que le gouvernement a organisée avec les associations ? Est-ce que le Gouvernement a tenu compte des propositions faites par ces organisations, par exemple via le Plan B, notamment en termes de vide locatif ? Quelles instructions ont été données à Perspective Brussels ? La zone à bâtir qui sera consacrée dans le projet en première lecture a-t-elle déjà été arrêtée ? Le Gouvernement peut-il s’engager à ce que cette zone se limite aux espaces déjà minéralisés sur le site de la friche ?


Jusqu'ici, il n’y a pas vraiment eu de réponse à ces questions. »