Projets d’élevages d’animaux : quelles raisons de s’y opposer ?

Régulièrement, des projets d’élevage (intensifs) d’animaux de « rente » (cochons, poules, poulets, bovins…) voient encore le jour dans des communes de Wallonie, ou d’ailleurs. Ils sont alors soumis à une enquête publique, lors de laquelle les habitants de la commune ont la possibilité d’envoyer une lettre de réclamation à leur administration locale afin de manifester leur opposition. Avant de remettre son avis à l’égard du projet, la commune doit tenir compte de ces réclamations provenant de riverains. Cependant, rien n'empêche les habitants d’autres communes d'également envoyer une lettre ou un e-mail afin de manifester leur désapprobation.


À l'heure où les revendications d'éthique animale n'ont jamais été aussi audibles et où les ravages environnementaux causés par l’élevage n'ont jamais été aussi documentés, les projets de construction de nouveaux élevages apparaissent anachroniques. Mais quels motifs pertinents peuvent être invoqués pour inviter l’administration communale à remettre un avis négatif ?


Voici quelques motifs pouvant être opposés à un projet d’élevage qui concernerait un nombre élevé d’animaux en Wallonie. Il s’agit bien sûr d’arguments généraux, qui devraient idéalement être complétés et contextualisés au regard des données concrètes du projet soumis à l'enquête publique (par exemple concernant le type d'élevage et la classe de l'établissement, son emplacement dans la commune, la présence d'une nappe phréatique, le type de pollution en fonction de l'espèce, etc.).

1. Bien-être des animaux


L'article 2 du Décret wallon relatif au permis d’environnement du 11 mars 1999 prévoit ceci :


« Art. 2. Dans une optique d'approche intégrée de prévention et de réduction de la pollution et de garantie des standards en matière de bien-être animal, le présent décret vise à assurer la protection de l'homme ou de l'environnement contre les dangers, nuisances ou inconvénients qu'un établissement est susceptible de causer, directement ou indirectement, pendant ou après l'exploitation, et à assurer le bien-être des animaux lorsqu'ils font l'objet des installations et activités de l'établissement visé. »


La réglementation (européenne) entourant les pratiques d’élevage est bien davantage dictée par des intérêts économiques que par des préoccupations de bien-être des animaux. Ainsi, il est toujours autorisé de détenir des animaux dans des bâtiments fermés, sans accès à la lumière du jour, en cage, et/ou à des taux de densité résolument contraires à leur bien-être. Dans ces élevages, le taux de mortalité des animaux est une donnée économique calculée à l’avance.


À cela s’ajoutent certaines pratiques agricoles légales et standardisées, qui occasionnent pourtant de vives douleurs aux animaux : élimination des poussins mâles dans le secteur de la production d’œufs, épointage du bec, sélection génétique des poulets de chair, cochons, et bovins afin de favoriser une croissance accélérée qui leur occasionne douleurs et problèmes de santé, etc.


Il apparaît donc que les conditions minimales de détention et les pratiques autorisées ne constituent pas une garantie suffisante de respect du bien-être des animaux inscrit dans le Décret wallon relatif au permis d’environnement, ainsi que dans le Code wallon du bien-être animal.


Il est donc tout à fait pertinent d’avancer l’argument du non-respect du bien-être animal même en l’absence d’infraction à la législation européenne.


2. Impact environnemental et sanitaire


Dans les conditions d’élevage standard, de nombreux animaux très proches génétiquement sont détenus en grand nombre et connaissent un rythme de croissance élevé. Ces facteurs favorisent grandement l'émergence de maladies infectieuses, dont des zoonoses. Cette situation représente un risque important d’apparition de nouvelles épidémies ou pandémies. Par ailleurs, l’usage d’antimicrobiens en élevage est routinier pour éviter ces maladies, ce qui entraîne une plus grande résistance aux antibiotiques chez l’humain, et donc une efficacité moindre des médicaments que nous utilisons.


Particulièrement énergivore, l'élevage d'animaux est également un facteur d'aggravation du réchauffement climatique et de la perte de la biodiversité. Il émet aussi des gaz à effet de serre, engendrés directement par les animaux et l’exploitation de la ferme mais aussi par la production et l’acheminement des matières premières servant à nourrir le cheptel (déforestation, accaparement des terres pour la production de soja notamment, consommation d’eau considérable et enfin transport des céréales).


La FAO évalue la contribution de l’ensemble des élevages au niveau mondial à 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique.


Une deuxième forme de pollution engendrée par ces exploitations est la pollution des eaux et des sols. Il s’agit, selon les espèces, du nitrate, nitrite, oxyde d’azote, phosphate, ammoniac et dioxyde de soufre. Ces substances libérées dans l’environnement sont responsables de l’acidification des sols et de l'eutrophisation des eaux.


3. Nuisances


À l'échelle locale, l'élevage d'animaux pose une série de risques de nuisances pour le voisinage. Il peut ainsi engendrer un important charroi, destiné au transport des aliments et des animaux eux-mêmes, à l'évacuation des effluents et des cadavres, etc. Le bruit risque également de constituer une nuisance importante : ventilateurs, transports, chargements, déchargements… Enfin, des nuisances olfactives sont également à craindre.


Photos : L214.



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