Réaction suite à la nouvelle déclaration de politique générale du Gouvernement bruxellois

La déclaration de politique générale du Gouvernement bruxellois peut être consultée ici. La discussion complète qui a suivi cette nouvelle déclaration au Parlement bruxellois est disponible ici.

Dans votre déclaration de politique générale (DPG), vous mentionnez que le bien-être animal occupe une place de plus en plus importante dans le cœur des citoyens. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je partage cet avis. Ma présence dans l'hémicycle en est d'ailleurs la preuve.


En juillet dernier, lors de votre déclaration, j'avais salué la mention de certains projets intéressants et regretté l'absence de mesures importantes. Je remarque avec plaisir que cette nouvelle déclaration est plus fournie quant à la protection des animaux.


Entre-temps, nous avions appris par voie de presse que M. Clerfayt prévoyait la création d'un code bruxellois du bien-être animal. C'est une excellente nouvelle. Je vous remercie de nous avoir présenté plus largement vos quelques projets à cet égard. Je salue, par exemple, l'idée d'un permis pour la détention des animaux. J'espère que cette mesure sera plus stricte qu'en Wallonie où le permis est immatériel et détenu par tout un chacun. Avezvous pensé à élaborer un permis réel et physique, délivré par la commune aux futurs acquéreurs qui auront prouvé être en mesure de détenir un animal ? Selon moi, cette mesure préviendrait de nombreux cas de maltraitance et d'abandon.


Il est également nécessaire de créer une liste positive reprenant les espèces de reptiles et d'oiseaux pouvant être détenues par un particulier. Il faudra veiller à ce qu'elle soit suffisamment restreinte. La liste positive des mammifères, adoptée il y a quelques années, vise à empêcher la détention d'espèces d'animaux sauvages. Pourtant, je doute qu'on puisse parler de domestication pour des serpents, des reptiles ou encore des oiseaux dont la place n'est certainement pas dans une cage.


Vous annoncez que le code comprendra des normes minimales de détention pour les chevaux. Cette mesure irait également dans la bonne direction. Toutefois, pourquoi se limiter aux équidés ? Lors de la précédente législature, le Conseil consultatif bruxellois pour le bien-être animal avait d'ailleurs rendu plusieurs avis recommandant de manière similaire des conditions minimales pour la détention des chats et des chiens.


Ces avis ont été rédigés par un groupe d'experts et leur transposition en ordonnance ne poserait pas beaucoup de difficultés. Comptez-vous aussi travailler sur ces questions ?


On peut imaginer un élargissement de la question des normes minimales de détention à toutes les espèces d'animaux de compagnie sur le territoire bruxellois. Ceci faciliterait le contrôle et le retrait du permis, si nécessaire.


Consulter la société civile ainsi que le Conseil consultatif bruxellois pour le bien-être animal pour la rédaction de ce code du bien-être animal pourrait également inspirer d'autres idées de mesures importantes à prendre à Bruxelles. Parmi elles, je pense à la question de l'abattage avec étourdissement obligatoire à laquelle il faudra nécessairement répondre avant la fin de cette législature. Avez-vous pris connaissance de l'avis du Conseil consultatif bruxellois pour le bien-être animal, qui recommande d'imposer l'étourdissement des animaux pour les abattages rituels ?


La Wallonie et la Flandre ont réglé le problème en rendant l'étourdissement avant l'abattage obligatoire. Les regards sont donc désormais tournés vers Bruxelles. Mon parti se positionne clairement en faveur de l'étourdissement obligatoire. J'entends régulièrement qu'il convient d'attendre le résultat des recours introduits contre les décrets wallon et flamand, mais la souffrance des animaux ne s'arrête pas parce que la Cour de justice de l'Union européenne délibère.


J'aurais également aimé voir figurer dans votre déclaration un point sur la question de la commercialisation des animaux qui devrait être plus sévèrement encadrée et, mieux encore, interdite. Une visite dans n'importe quel refuge bruxellois permet de se rendre compte de l'urgence de la situation : des éleveurs et des commerçants mettent des jeunes animaux sur le marché, dont bon nombre sont, par la suite, abandonnés et euthanasiés dans les refuges par manque de place.


La question du budget sera bientôt longuement discutée, mais pouvez-vous déjà nous dire si vous comptez octroyer davantage de subsides aux refuges de la Région bruxelloise ?


Je suis étonnée de ne pas retrouver la question des tests sur les animaux dans votre déclaration, alors que, dans la presse, il avait été annoncé que ces tests allaient être limités dans le cadre du code. Le gouvernement a-t-il toujours ce projet ? Au regard du très récent scandale de maltraitance animale dans un laboratoire à Hambourg, il me semble indispensable, d'une part, de financer davantage la recherche vers des méthodes substitutives et, d'autre part, de fixer des réductions concrètes et graduelles du nombre d'animaux utilisés, dans le but de se passer complètement de l'expérimentation animale.


Je lis en revanche avec satisfaction que le défi environnemental, la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité et les questions de santé publique liées à la pollution sont mentionnés à plusieurs reprises dans la déclaration.


Mais la question climatique ne se résume pas à la pollution causée par la voiture. La déclaration, par exemple, parle très peu de l'alimentation, qui joue pourtant un rôle essentiel dans notre impact environnemental. Le gouvernement se fixe explicitement l'ambition de réduire les émissions indirectes de la Région, or l'empreinte environnementale des produits animaux est énorme, puisque la viande représente à elle seule pas moins de 14,5 % des émissions de CO2 à l'échelle mondiale. Il serait donc très simple de réduire les émissions indirectes de Bruxelles en encourageant le remplacement des protéines animales par des protéines végétales. Une réelle politique en la matière serait également favorable au bien-être des animaux et à la santé publique.


Certaines phrases de la déclaration m'interpellent également. Je lis, par exemple, que dans les réformes du gouvernement, "les problématiques environnementales seront, dans la mesure du possible, intégrées aux décisions et visions politiques tant à court qu'à long terme". À plusieurs reprises, la déclaration conditionne la prise en compte des enjeux environnementaux à ce qu'il serait possible de faire. Or, à l'heure actuelle, la question environnementale est primordiale et prioritaire. Elle ne devrait jamais être reléguée au second plan en raison de considérations économiques ou urbanistiques.


Nous ne pouvons plus accepter que des réformes ou décisions politiques soient prises au détriment de l'environnement. Pour ce qui concerne les transports, il est nécessaire d'adopter d'autres mesures, comme encourager le télétravail pour décongestionner la ville. Nul besoin d'une étude pour comprendre l'impact positif de cette mesure.


La verdurisation des espaces publics et un moratoire sur l'abattage des arbres seraient des mesures très efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution, ainsi qu'en matière de préservation de la biodiversité. Je m'étonne de ne rien trouver à ce sujet dans la déclaration de politique générale.


Le vivre ensemble ne se limite pas à la vie avec ses semblables ; ce concept devrait également intégrer la cohabitation avec les autres espèces. J'attends du gouvernement que les mesures adoptées dans le futur soient éthiques et tiennent dès lors compte de la considération et de la protection que nous devons aux animaux et à l'environnement. Ce n’est plus une possibilité, c’est une nécessité.

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