Stratégie Good Food : « Pas d'alimentation durable sans réduction drastique des produits animaux »

Question orale adressée le 12 janvier 2022 au Ministre bruxellois de l'Environnement concernant « la végétalisation de l’alimentation dans la stratégie Good Food ». Pour lire l'intégralité des échanges, cliquez sur ce lien.

À l’heure d’écrire cette question, la stratégie Good Food 2.0 fait toujours l’objet d’une co-construction, avec une journée de convergence des propositions qui s’est tenue fin septembre.


On se souviendra que l’édition 2016-2020 du plan Good Food, dont l’objectif central est la mise en place d’un système alimentaire durable en Région de Bruxelles-Capitale, avait fait l’objet d’une grande évaluation finale.


Sept axes stratégiques avaient été établis, dont par exemple l’augmentation de la production alimentaire locale et durable, le développement d’une culture alimentaire durable et désirable, et la préparation des systèmes alimentaires de demain.


On le voit, l’expression « alimentation durable » revient très fréquemment, au point où on ne juge plus nécessaire de la définir. Il est pourtant important de déterminer quels effets on cherche à occasionner à l’aide des leviers mobilisés.


S’il est par exemple question de réduire les émissions de gaz à effet de serre de notre alimentation, sur toute sa chaîne de production, il faut alors déterminer les moyens les plus efficaces d’y parvenir. Et en l'occurrence, les données peuvent donner lieu à certaines surprises.


Ainsi, les recherches nous apprennent que si, à aliment égal, il vaut mieux bien sûr privilégier celui qui a été produit localement, l’impact du transport n’est en réalité que minime par rapport aux autres sources d’émissions de la production alimentaire. Il est dès lors bien plus efficace de se demander quels aliments nous mangeons plutôt que d’où viennent les aliments que nous mangeons.


Les mauvais élèves en termes d’émissions de gaz à effet de serre, ce sont évidemment les produits d’origine animale. Bœufs, agneaux, moutons, cochons, poulets, œufs, produits laitiers, etc. À l’échelle mondiale, on estime que les émissions de CO2 de la plupart des produits animaux sont entre 10 et 50 fois supérieures à celles de la plupart des aliments végétaux. Sans parler des émissions de méthane, qui ont fait l’objet de discussions lors de la COP26 à Glasgow.


Les coupables sont d’ailleurs des multirécidivistes, puisqu’ils sont également responsables de la majeure partie de l’utilisation des terres – et donc de la déforestation –, de l’apparition de nouveaux agents pathogènes, de maladies cardiovasculaires – qui sont en Belgique la première cause de décès –, de la résistance aux antibiotiques, ou encore de la souffrance et de la mort de milliards d’animaux dans des conditions ultra industrielles.


En un mot, l’élevage et la surconsommation de produits animaux engendrent une crise climatique, sociale, éthique et de santé publique.


Au vu des enjeux, il me semblerait logique que tous ces problèmes mobilisent des efforts conséquents pour parvenir à la solution qui s’impose d’elle-même, à savoir une réduction drastique de la production et de la consommation de produits animaux.


Certains de nos voisins semblent l’avoir bien compris. La Ville d’Amsterdam a récemment annoncé sa volonté de rendre le régime alimentaire de ses citoyens à 50 % végétal d’ici 2030. Elle veut y parvenir en agissant notamment sur les autorisations accordées ou non aux fast-food associés à la malbouffe, et en incitant les restaurants et magasins à enrichir leur offre d’alternatives à la viande. Au Portugal, les cantines scolaires sont obligées de fournir un choix végétalien quotidien, et ce depuis plusieurs années.


Pour revenir à la stratégie Good Food, vous répondiez l’année dernière à l’une de mes questions que, lors de la révision à mi-parcours de cette politique, il avait été décidé de rehausser les ambitions à cet égard. Concrètement, l’idée pour 2020 était de mettre en place au minimum un menu végétarien par semaine dans 100 % des cantines publiques et 100 % des cantines scolaires qui servent un repas chaud, d’augmenter de 20 % la consommation des menus végétariens dans les restaurants labellisés, et de parvenir à une diminution de la consommation de viande des ménages de 15 % entre 2015 et 2020.


Monsieur le Ministre, mes questions sont les suivantes.


Un an et demi plus tard, quel bilan tirez-vous de cette politique ? Les objectifs alors fixés ont-ils pu être atteints pour ce qui concerne la consommation de viande ?


Pourriez-vous présenter les intentions qui se dégagent déjà de la co-création de la stratégie Good Food 2.0 en termes de réduction de la consommation de produits d’origine animale et de promotion des protéines végétales ? Le Gouvernement fixe-t-il des objectifs chiffrés de réduction ? Quels outils concrets sont actuellement à l’étude ? Pendant le processus de co-construction, des associations et/ou des entreprises en lien avec la promotion de l’alimentation végétale ont-elles été impliquées ?


L’objectif général du plan Good Food étant la mise en place d’un système alimentaire durable, selon vous, quelle place devraient occuper les produits d’origine animale dans le modèle idéal pour le futur ? Quels sont les freins qui pourraient le retarder ?