Les animaux pendant la crise du coronavirus : questions au Gouvernement bruxellois

Questions posées en Commission environnement le 22 avril 2020 dans le cadre d'un débat sur « les aspects environnementaux de la crise sanitaire du Covid-19 ». Consultez le compte-rendu complet et les réponses des ministres en cliquant ici.

1) Premièrement, beaucoup de personnes m'ont interpellée sur la question des salons de toilettage, qui ont été forcés de fermer suite aux mesures de confinement. Mais à mesure que la période de confinement se prolonge, la situation commence à poser problème pour certains animaux. Le toilettage n'est pas qu'une question esthétique ; pour des animaux à poils longs, il s'agit d'un soin indispensable pour leur bien-être. Ne pourrait-on pas, lors d'une réunion interministérielle, décider d'autoriser les rendez-vous auprès des toiletteurs, comme on le fait pour les consultations chez les vétérinaires pour des motifs de santé et de bien-être animal ? Les toiletteurs ne courent d’ailleurs pas un grand risque puisque le contact avec le propriétaire pourrait respecter les mesures de distanciation et le travail consiste à soigner un animal qui ne peut transmettre le virus.


2) Ma deuxième question concerne les animaux qui sont acheminés à l’abattoir d’Anderlecht. Dans certains pays, on a vu des camions transportant des animaux se retrouver bloqués pendant 18h aux frontières, et des bouchons de plusieurs dizaines de kilomètres se former. D’ordinaire, le transport est déjà un véritable enfer pour les animaux, beaucoup meurent d’épuisement pendant le parcours. La situation s’est encore aggravée avec la crise. J’aimerais donc savoir comment fonctionne l’abattoir d’Anderlecht en ce moment. Sait-on s’il a été impacté, notamment par rapport aux transports mais aussi au temps d’attente des animaux dans l’abattoir et à leur manipulation par le personnel ? L’abattage d’un animal est un acte intrinsèquement violent, et il ne faudrait pas ajouter de la souffrance ou de la détresse par un changement de cadence, une pénurie de personnel ou des temps d’attente rallongés.


3) Troisièmement, je souhaiterais à nouveau interroger le Gouvernement à propos des refuges pour animaux. La crise sanitaire nous occupe depuis plusieurs semaines maintenant, a-t-elle donné lieu à une vague d’abandons ? Par ailleurs, j’ai vu hier qu’une décision de soutien aux refuges avait été prise, peut on en connaitre les modalités ? Et toujours par rapport aux abandons : on a beaucoup rappelé ces dernières semaines que les animaux ne transmettent pas le Covid-19. C’était une communication nécessaire, et je m’en réjouis. Mais je pense qu’il faut rester vigilants par rapport à des messages parfois ambigus. Je pense par exemple à un tract sur le Covid-19 édité par une commune de la Région, qui indique qu’il est obligatoire de tenir son chien en laisse. Ce type de communication risque de créer des amalgames, d’autant plus qu’il s’agit du rappel d’une règle habituelle qui n’a rien à voir avec le coronavirus.


4) Quatrièmement, il y a la situation des pigeons en ville. La politique généralement appliquée par les autorités est l’interdiction pure et simple du nourrissage. Même en période ordinaire, une meilleure mesure serait d’appliquer un nourrissage encadré, comme on le fait pour les chats errants. Cela améliorerait la condition sanitaire des pigeons bruxellois, tout en limitant certaines nuisances. Ces oiseaux se nourrissent en effet de nos déchets, ce qui constitue une alimentation inadaptée. Un nourrissage encadré serait d’autant plus nécessaire en période de confinement, puisque les pigeons peinent à trouver la moindre nourriture. La famine n’est pas une méthode éthique de gestion de population. Une idée serait justement de profiter du contexte pour réaliser un test de nourrissage contraceptif à plus grande échelle que ce que fait la Ville de Bruxelles actuellement.


5) Cinquièmement, qu’en est-il des animaleries ? On sait que les magasins d’alimentation pour animaux peuvent poursuivre logiquement leurs activités. Mais beaucoup de ces commerces vendent aussi des animaux vivants. Est-ce qu’ils continuent de le faire, ou sont-il soumis aux mêmes restrictions que connaissaient les jardineries ? Sait-on si la crise et le confinement ont un impact sur les animaux qui sont détenus dans ces exploitations ? Si les ventes diminuent ou sont à l’arrêt, que font-elles des animaux ? Est-ce que Bruxelles Environnement ou un autre organisme contrôle ces commerces ? Et plus largement, dans quelle mesure le service Bien-être animal de Bruxelles Environnement est-il impacté par la crise ?


6) Enfin, on a pu lire dans la presse les opinions de plusieurs universitaires, dont par exemple le chercheur François Gemenne, qui s’inquiètent des conséquences environnementales désastreuses que pourrait engendrer une certaine relance économique après la crise. Je sais que l’urgence reste la gestion de celle-ci, mais il ne me semble pas trop tôt pour parler de l’après. On le voit dans plusieurs pays, les politiques de relance s’annoncent catastrophiques pour le climat. Le Canada prévoit déjà de redémarrer plein pot son industrie pétrolière et gazière, la Chine envisage la construction de centaines de nouvelles centrales à charbon, et la République tchèque ainsi que la Pologne auraient annoncé leur souhait que soit abandonné le Green Deal de la Commission européenne. Alors j’aimerais entendre le Gouvernement bruxellois à ce sujet, et savoir s’il est bien hors de question de revenir sur les objectifs environnementaux prévus dans l’accord de majorité, ainsi que sur la position de la Région par rapport aux enjeux européens.

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