Un mot sur le budget de la Cocof pour 2021

Intervention prononcée le 11 décembre 2020 en séance plénière budgétaire du Parlement francophone bruxellois.

La crise sanitaire que nous connaissons depuis le début de l’année a mis en difficulté beaucoup de travailleurs et beaucoup de secteurs, et la crise économique et sociale qui va suivre menace encore davantage une frange des citoyens. C’est également le cas pour les secteurs couverts par la Cocof, qui, comme les autres organes exécutifs, a dû prendre des responsabilités quasi inédites de pouvoirs spéciaux.


Une autre fracture que la crise a certainement exacerbée est le sentiment de défiance des citoyens envers les autorités. Les erreurs d’appréciation et de gestion de la pandémie lors de son arrivée en Europe y sont certainement pour quelque chose, mais plus structurellement, on ne peut pas dire que la lasagne institutionnelle que nous connaissons, surtout à Bruxelles, soit la configuration idéale pour réconcilier les citoyens et la politique.


Cela étant, le collège a rappelé sa démarche de travail qui se veut intégrée et décloisonnée pour ce qui concerne les matières social-santé, et sa volonté de répondre aux besoins prioritaires et concrets des quartiers, notamment dans le cadre des États généraux. On peut regretter que cette logique raisonnée de transversalité de ces matières ne soit pas davantage audible médiatiquement, contrairement aux critiques de ce qui constitue tout de même sur le papier un imbroglio institutionnel dans le partage des compétences.


Pour ce qui concerne des questions plus directement budgétaires, on peut se réjouir des aides en hausse pour une série de matières. Je ne vais pas toutes les citer mais je pense par exemple à la situation des primo-arrivants et plus précisément les BAPA, le secteur de l’aide à domicile, l’EVRAS qui, on le sait, doit impérativement être généralisé, le dispositif d’écoute dans le cadre des violences conjugales, les agréments pour les maisons médicales, ou encore la petite augmentation concernant le secteur de la médiation de dettes.


Je pense qu’il faut saluer l’attention qu’accorde le Collège à tous ces domaines importants. En revanche, la grande difficulté est évidemment de savoir si ce budget rehaussé sera suffisant pour répondre aux besoins des personnes qui seront touchées par les crises économiques et sociales qui s’annoncent. C’est sans doute particulièrement le cas par exemple des services de prévention au suicide et de médiation de dettes. On ne sait pas avec quelle force les crises vont plonger certains publics encore davantage dans la précarité, et il est donc difficile d’être complètement rassurés par rapport aux réponses que pourront apporter de tels services.


Concernant le secteur des soins et de l'aide aux personnes, on peut aussi se réjouir de la prime d'encouragement de 985 euros brut tout récemment adoptée à l’attention du personnel du non marchand visés par la Cocof. J’entends que cette aide concernerait environ 7000 équivalents temps-plein. Mais comme tout le monde le sait, cette prime isolée devra être suivie d’une revalorisation de plusieurs secteurs, comme celui-ci. J’entends également qu’il est prévu d’augmenter graduellement le budget en soutien au non marchand, jusqu'à 30 millions d'ici la fin de la législature. Si c’est bien le cas, je vous encourage dans cette démarche, puisque les attentes du secteur sont élevées.


Un mot tout de même concernant la compétence de la promotion de la santé et la prévention de certaines maladies. Je pense qu’on ne rappellera jamais assez que la promotion de la santé est étroitement liée à notre modèle alimentaire. Et cet aspect mériterait toute notre attention dans la mesure où les habitudes en matière d’alimentation constituent une cause importante de maladies cardio-vasculaires et de certains cancers. J’aurais aimé voir une plus grande ambition dans le budget de la Cocof.


Lors des discussions suite à votre déclaration de politique générale fin octobre, Madame la Ministre-Présidente, vous aviez rappelé l’action du Collège en la matière, à savoir la promotion d'un environnement favorable à l'alimentation et à l'activité physique dans le cadre du Plan stratégique de Promotion de la santé, concrètement par le subventionnement de plusieurs associations actives sur le terrain. Mais quand on imagine le coût humain et financier qu’entraînent les maladies de société qui sont causées par une alimentation malsaine, j’estime que ce problème devrait concentrer bien davantage l’attention du Collège. Monsieur Ikazban a justement rappelé que la santé des Bruxellois n’est pas bonne, et que nous devions mener une politique égalitaire de promotion de la santé. Je suis d’accord avec ce constat, mais je continue de penser que nous négligeons encore trop l’alimentation parmi les moyens d’action. On pourrait imaginer une réflexion sur l’alimentation qui serait appliquée aux institutions concernées par l’action de la Cocof, et qui occuperait une place importante au sein de la mission 23, consacrée à la Santé. Je pense par exemple à une meilleure et plus large intégration de la stratégie Good Food, qui verrait son ambition rehaussée. Il me semble que le jeu en vaut la chandelle. Rappelons encore que les maladies cardio-vasculaires restent la première cause de décès en Belgique.


Il me reste à souhaiter beaucoup de réussite aux membres du collège pour relever tous ces défis vitaux, mais aussi et surtout beaucoup de courage à tous les travailleurs, toutes les travailleuses et toutes les personnes qui sont directement touchés par cette crise qui perdure.